PATHOLOGIES LIGAMENTAIRES

ENTORSES DE CHEVILLE & COMPLICATIONS

Le running concerne les mordus de la course à pied, ces coureurs de fond qui participent à des semi-marathons, des marathons, des courses de 100km et plus (ultras)
Né en 1955, en Nouvelle Zélande, puis aux Etats Unis, il arriva en Europe vers la fin des années 70. Cette activité sportive, consistant à courir à pied sur des terrains differents (sous-bois, campagne, routes, rues des villes), vise simplement à l’entretien de la forme physique. Elle est pratiquée par des adeptes de tous âges. C’est la prise de conscience des habitudes de la société actuelle (voiture, ascenseurs, télévision…) qui pousse les gens à se mettre à courir. Le phénomène du running va également avec l’accroissement du nombre de gens qui font du sport et avec la diversification des adeptes de la pratique sportive. Le sport n’est plus l’apanage de l’adolescent ou de l’adulte jeune. Le running va de pair avec une idéologie qui tente de remettre à l’honneur la vie en milieu naturel. Il va avec les mouvements écologistes qui luttent contre les excès d’une société fortement urbanisée.
C’est la naissance d’une autre conception du sport, moins structurée, plus libre ; un sport doux que chacun peut pratiquer à son rythme, à coté de la conception classique du sport, entraînement, compétition, résultats, performances, car tous les citadins n’ont pas accès à un stade pour faire de la course à pied.
Ce coureur peut être atteint de tendinopathies d’Achille, de fractures de fatigues, de syndromes de la bandelette iliotibiale (syndrome de l’essuie-glace), de contractures du muscle pyramidal, etc… autant de pathologies spécifiques du runneur, qui sont induites par des erreurs d’entraînement, des chaussures inadaptées, de mauvaises techniques de course… Le rôle du podologue du sport ne se résume plus à un traitement symptomatique. Le coureur à pied a besoin de conseils précis.

TALALGIES PLANTAIRES

La talalgie est aussi un motif fréquent de consultation.

Chez le jeune sportif, c’est fréquemment la « talonnade » qui est un écrasement des parties molles ou plus souvent une tendinopathie des muscles intrinsèques « tenseurs de la voute » (Adducteurs du gros orteil ou Court Fléchisseur Plantaire) et de l’Aponévrose plantaire qui motivent la consultation.

Repos, orthèses plantaires (semelles orthopédiques) sont la meilleure réponse avec la physiothérapie. Il conviendra cependant de se méfier de toute talalgie bilatérale qui peut faire évoquer une spondylarthropathie.

Chez le sportif plus âgé qui consulte pour une talalgie, la radiographie mettra parfois en évidence la très banale « épine calcanéenne » qui n’est jamais l’agresseur, mais le témoin d’une souffrance avec production ostéophytique consécutive au processus inflammatoire local. Il s’agit toujours d’une tendinopathie d’insertion, généralement de l’Adducteur du gros orteil ou du chef moyen de l’Aponévrose sur la tubérosité postéro-interne du calcanéum (os du talon).

Là encore le même traitement que précédemment sera proposé.

SYNDROME DU TENSEUR DU FACIA LATA

Ou syndrome de « l’essuie-glace ». Le sportif qui vient consulter est habituellement le coureur à pied qui décrit une douleur sur le bord externe du genou, qui apparaît après quelques minutes, et qui l’oblige à s’arrêter.
Il n’existe pas d’épisode d’instabilité ni de blocage.

A l’examen, on retrouve la douleur à la palpation de la bandelette fibreuse sur le condyle fémoral externe. Cette expansion aponévrotique passant en regard du condyle provoque un conflit à chaque mouvement de flexion-extension du genou.
Il existe parfois un genu varum, les testings méniscaux, ligamentaires et rotuliens sont négatifs.
Sur le tapis de course, en dynamique une hyper pronation primitive à la supination est très souvent remarquée.

L’usure de la chaussure est souvent révélatrice du comportement dynamique.

Traitements possibles :

  • repos sportif
  • mésothérapie
  • orthèses plantaires adaptées à la pratique sportive
  • rééducation spécifique avec massage transverse profond, étirements du tenseur du fascia lata et physiothérapie anti-inflammatoire

PATHOLOGIES TENDINEUSES

TENDINOPATHIES DU TENDON D’ACHILLE

Dans la mythologie grecque, la nymphe Thétis (voulant rendre immortel son fils Achille) plongea le nouveau né dans le Styx, le fleuve des enfers. Mais la région du talon par laquelle elle le retenait restera vulnérable.
Lors du siège de Troie, Achille, après avoir tué Hector, fut touché mortellement au talon, seul point faible de son anatomie, par une flèche empoisonnée lancée par Pâris…

Le tendon d’Achille est la réunion des tendons des jumeaux et du soléaire.

Les tendinopathies d’Achille sont d’une grande fréquence lors de la pratique de tous les sports qui sollicitent le saut et les extensions brusques (tennis, basquet, volley, etc…), c’est également le pont faible du coureur à pied.

L’hypoextensibilité de ce tendon sera un facteur prédisposant de cette affection qui touche plus souvent la gaine et les éléments péri-tendineux que le tendon lui-même. C’est ce qui explique que nous préférons le terme de tendinopathie à celui de tendinite.

Il existe différents stades de gravité qui nécessiteront des traitements différents, depuis les tendinopathies d’insertion basse sur le calcanéum (os du talon) jusqu’à la rupture totale où la chirurgie sera obligatoire.

L’orthèse plantaire (semelle orthopédique) doit constituer un élément important du traitement, tant préventif que curatif.
Il est bon de rappeler que l’orthèse plantaire du sportif sera toujours mieux acceptée si elle est confectionnée dans des matériaux synthétiques lavables.

TENDINOPATHIES DES STABILISATEURS LATÉRAUX

Le patient ressent une douleur de la face externe de la cheville, rétro et sous-malléolaire, lors de la pratique sportive.

A l’examen, le mouvement d’éversion du pied contre résistance combinant une flexion dorsale, une abduction et une pronation déclenche une douleur de la région rétro et sous-malléolaire, qui peut être empâtée.
Le tableau de ténosynovite doit être différencié d’une possible luxation des péroniers latéraux, qui peut donner une tuméfaction rétro et sous malléolaire externe identique.

De manière isolée, la tendinite d’insertion du court péronier latéral est révélée par la palpation de l’apophyse du 5ème métatarsien, alors que la tendinite du long péronier latéral provoque une douleur à la pression locale de la face plantaire de la base du 1er métatarsien.

Traitements possibles :

  • Repos sportif
  • Mésothérapie
  • Orthèses plantaires adaptées à la pratique sportive

ATTEINTES OSSEUSES

PÉRIOSTITE TIBIALE

Le mécanisme lésionnel est discutable, mais on peut assimiler cette douleur périostée à une lésion myo-tendino-périostée, à l’insertion du jambier postérieur. Elle est liée aux micro-traumatismes des contractions musculaires répétées.

La douleur est ressentie lors de la pratique sportive, généralement au tiers moyen de la face antéro-interne du tibia. Elle peut-être bilatérale, disparaît au repos, et ne gêne pas le quotidien.
Elle apparait après un entrainement intensif, inadapté, un changement de chaussures ou de surface de jeu.

A l’examen, la palpation réveille la douleur au niveau de la zone atteinte sur quelques centimètres, et peut parfois percevoir quelques irrégularités du périoste.

Un pied plat valgus peut prédisposer au déclenchement de cette pathologie, par hyper-sollicitation du jambier postérieur.

La scintigraphie osseuse permet de confirmer le diagnostic en objectivant une hyperfixation modérée en bande le long du bord antéro-interne du tibia. Elle permet également d’aider au diagnostic différentiel d’une fracture de fatigue, qui se traduit par une hyperfixation intense et localisée.

MÉTATARSALGIES DU PREMIER RAYON

Les douleurs de l’articulation métatarso-phalangienne du gros orteil peuvent être purement statiques, ou en rapport avec une sésamoïdite, une fracture des sésamoïdes, un hallux rigidus.

Le sportif décrit des douleurs de type mécanique à l’effort au niveau de l’articulation métatarso-phalangienne du gros orteil.

A l’examen, l’articulation est douloureuse à la palpation, les amplitudes articulaires peuvent être limitées notamment en cas d’hallux rigidus, enfin on peut mettre en évidence une tendinite de l’abducteur du gros orteil. On recherche un tendon d’Achille hypertonique.

Au podoscope, on peut retrouver un hyper-appui localisé sur un pied creux ou au contraire un pied varus (réactogène)

Une scintigraphie osseuse peut être pratiquée à la recherche d’une fracture de fatigue des sésamoïdes.

PATHOLOGIES UNGUÉALES

ONGLE INCARNÉ

Le véritable et spectaculaire ongle incarné surinfecté accompagné de son gros bourgeon charnu est l’apanage d’une population jeune et souvent sportive.

Si l’élément déclenchant est bien le « harpon » unguéal résultant d’une mauvaise coupe de l’ongle, il n’en est pas moins vrai que l’hypersudation qui ramollit les tissus mous peri-unguéaux sera impliquée une fois de plus.

HÉMATOME SOUS-UNGUÉAL

Coureurs, sauteurs, joueurs de foot, de rugby ou de tennis ; autant de sportifs qui ont eu, qui ont à répétition ou qui développeront un jour un hématome sous-unguéal. Tant il est vrai que c’est par excellence la plus commune des affections unguéales chez le sportif.

Choc direct avec gros traumatisme et parfois fracture, micro-chocs répétés et souvent chaussures mal adaptées ou trop grandes sont toujours à l’origine des ces effusions sanguines qui ne doivent être évacuées que si l’hématome est récent et douloureux. Le soulagement est alors immédiat, mais la chute de l’ongle à plus ou moins long terme est toujours assurée en présence d’un hématome important.

ONYCHOLYSE TRAUMATIQUE

Il s’agit d’un décollement de l’ongle (plaque unguéale) qui fait suite souvent à un petit hématome sous-unguéal partiel et distal.
Cette atteinte indolore serait négligeable si elle n’était pas source potentielle d’onychomycose (mycose de l’ongle) ultérieure par accumulation de débris et d’humidité à l’intérieur de l’espace constitué entre le limbe et le lit de l’ongle.
Le traitement de l’onycholyse est très aléatoire et les onychoplasties (ongle artificiel) sont à refaire très souvent sur le pied d’un sportif.

LE « TENNIS TOE »

Chère aux Anglos-Saxons et aux Américains en particuliers, cette affection intraduisible autrement que par « l’ongle du gros orteil du joueur de tennis » fait souvent suite à une onycholyse étendue. Cette onycholyse cependant n’entraînera pas la perte spontanée de l’ongle, mais bien au contraire la repousse d’un nouvel ongle qui vient se superposer et dédoubler ainsi le premier.

Cette repousse est cependant parfois anarchique, en « vagues de sable » ou en « tôle ondulée » et mérite des fraisages et une attention particulière car les micro-traumatismes liés au tennis peuvent induire par ailleurs une exostose sous-unguéale.

PATHOLOGIES CUTANÉES

HYPERHIDROSE OU HYPERSUDATION

Cette pathologie est la production excessive de sueur, d’aspect anodin dans la vie courante, elle prendra une toute autre proportion dans un contexte sportif. Phénomène physiologique, ce n’est que lorsqu’elle devient invalidante que l’on parle d’hyperhidrose.

Petit rappel : la transpiration joue un rôle capital chez l’homme, elle lui permet de maintenir sa température stable, malgré les variations du milieu extérieur.

L’hypersudation sera le facteur déclenchant de la majorité des affections cutanées du pied du sportif : infections mycosiques ou bactériennes.

Cela s’explique par la fragilisation épidermique consécutive à l’imbibition de sueur par la peau plantaire ainsi qu’à la fermentation des acides gras et de l’amoniaque à l’intérieur d’un milieu clos, chaud, humide et alcalin représenté par la chaussette et la chaussure.

Mais c’est la face palmaire des mains et des doigts qui transpire le plus en association avec les pieds dans 83% des cas.

PHLYCTÈNES ET ÉCHAUFFEMENTS

La phlyctène ou ampoule, est une lésion douloureuse remplie de liquide causée par une frottement. C’est la première et la plus fréquente des conséquences directes de l’hyperidrose.
L’épiderme fragilisé résistera mal à toute contrainte de frottement répétitif (surtout s’il s’y greffe un trouble statique) et la très banale ampoule qui s’en suivra privera certainement l’athlète du podium…
Plus redoutable que cette phlyctène, on assiste à l’occasion de longues marches, de marathons ou d’ultras (courses de grand fond) à de graves décollements de l’épiderme plantaire. Cela survient toujours chez un athlète mal préparé qui n’a su réguler sa transpiration avant l’épreuve.

INTERTRIGO MYCOSIQUE

Le terme de « pied d’athlète » donné à l’affection prouve bien que c’est en milieu sportif que cette mycose se développera le plus facilement.
Les dermatophytes sont plus à incriminer que les levures.
Là encore, si la transpiration n’est pas le facteur déclenchant, elle en sera une cause grandement prédisposante du fait de la macération à l’intérieur de la chaussure. Les 3e et 4e espaces interdigitaux vont connaître une desquamation plus ou moins sévère accompagnée d’un prurit (démangeaison) souvent discret. _ C’est le stade I encore appelé « stade intertrigo » .
Le stade II ou « stade vésiculeux » qui voit l’apparition d’une ou plusieurs vésicules sur de placards érythémateux s’accompagne d’un prurit conséquent et peut apparaître très peu de temps après le stade I, alors que cette évolution prendra plusieurs semaines voire plusieurs mois en dehors du milieu sportif.
Le stade III est en fait un eczéma mycosique caractérisé par la dissémination de lésions hyperkératosiques sous l’avant-pied, la face dorsale des orteils et l’arche interne.

ENGELURES

« L’Erythème Pernio » n’intéresse pas uniquement les sports d’hiver et de haute montagne.

En fait, tout sportif exerçant son art en hiver peut connaître les affres du prurit (démangeaison) et des sensations de brûlure qui accompagnent les engelures.

Le facteur déclenchant est bien évidemment le froid humide, mais les facteurs favorisants sont multiples : déficience circulatoire périphérique, carence vitaminique et troubles vasomoteurs parmi lesquels on retrouve en bonne place l’hyperidrose (la sueur formant une pellicule glacée favorisant l’érythème). Les engelures évolueront selon trois stades de gravité successifs variant du stade érythémateux bénin jusqu’au stade mutilant en passant par le stade vésiculeux qui voit l’apparition d’une phlyctène sur l’érythème initial.

LA PSEUDO-CHROMIDROSE PLANTAIRE :

Voilà une affection directement rattachée au sport puisqu’elle n’existe que chez les jeunes sportifs masculins portant des crampons (rugby et football). Il s’agit d’une ou plusieurs grosse tache noire intéressant préférentiellement la partie postéro-externe du talon.
Tout à fait bénigne, seule la coupe histologique différenciera l’affection du banal hématome.
Aucun traitement n’est nécessaire puisque la tache disparaîtra spontanément, et, pour une fois, l’hyperidrose ne sera pas en cause.